Viviane Guini auteure

ÉCRIRE N’EST PAS FUIR

10 Fév 2022 Ce jeudi, aux infos

Extrait de Toute la violence du monde, p.95

«… Dans le hall 2 de l’aéroport d’Orly, on se croisait dans une atmosphère de sidération. Des militaires, armes au poing, arpentaient les grands halls noir de monde. Sur les panneaux indicateurs, la plupart des vols pour le Moyen-Orient étaient supprimés ou affichaient des retards de plusieurs heures. À intervalle régulier, une voix lancinante scandait les changements de destinations et d’horaires. Sur les murs, des placards signalaient qu’en raison des récents évènements, tout ressortissant qui franchissait la porte de l’aérogare était tenu de se plier aux contrôles en vigueur. Comme d’habitude, j’ignorais tout de l’actualité. Onze athlètes israéliens venaient d’être massacrés aux Jeux olympiques de Munich. L’attentat avait été revendiqué par des terroristes palestiniens du mouvement Septembre Noir. »

Septembre Noir

Né ou pas né dans les années 70, qui se souvient encore clairement de ce qui s’est passé ce 5 septembre 1972, en plein milieu des Jeux Olympiques de Munich ? Un groupe terroriste palestinien, qui s’est dénommé « Septembre Noir », parvient à s’introduire dans le village olympique et prend en otage onze athlètes israéliens. Ils exigent, en échange, la libération de 200 prisonniers palestiniens. Trois israéliens sont immédiatement exécutés. Des pourparlers commencent avec les autorités allemandes. Les Jeux sont suspendus. Mais le soir même, à l’aéroport de Munich, la police allemande échoue dans sa tentative de sauvetage des victimes. Tous les otages sont tués. Les terroristes avaient prévu de s’envoler avec eux vers Le Caire. Les Jeux ne seront pas annulés. Au son de la marche funèbre de Beethoven dans la symphonie Héroïque, une cérémonie funéraire en l’honneur des morts est organisée.

Tous les matins à la radio

Je suis assise au minuscule bureau qui m’accueille lorsque j’écris. Il y a des feuilles partout. J’écris toujours au stylo Bic avant de taper mes manuscrits. Des piles de livres écroulés gênent mes déplacements. Sur la porte fenêtre toute proche, l’automne s’obstine à coller un inlassable ciel gris . La journée a commencé avec les ravages mondiaux de l’épidémie de COVID. En Birmanie, la prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, vient d’être condamnée à quatre ans de prison. Un histrion pétri de haine tente de convaincre qu’on doit tous se détester. Près de chez moi, dans le Nord de Paris, des centaines d’enfants ne peuvent rejoindre leur école. Ils sont beaucoup trop pauvres…

Toute la violence du monde

Lorsque j’écrivais "Toute la violence du monde", l’actualité ne manquait pas non plus de me sidérer tous les matins. Je tentais de m’enfuir en inventant des histoires. Je baladais mon héroïne préférée dans de beaux paysages, au Havre, en Israël, sur les pentes de l’Aconcagua, en Argentine. Peine perdue. Des morceaux d’histoire récente, qui avaient dû s’accrocher à moi, comme ça, de matin en matin, ressurgissaient dans le récit, au détour d’un voyage en avion, à la faveur d’une rencontre, au détour d’une rue qui menait vers la mer. Transporte-t-on toujours en soi, malgré soi, toute la violence du monde ?


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